La série

Voici leurs histoires

Deux textes repris des documents d’édition des coffrets, sur la série et sur ceux qui l’ont faite.

  1. Law & Order, un univers en expansionContinuité, crossovers et séries dérivées
  2. Entrées et sorties dans New York Police JudiciaireLa richesse d’une série chorale

Livret de l’intégrale des saisons 6 à 10

Law & Order, un univers en expansion

Continuité, crossovers et séries dérivées

Les saisons 6 à 10 (1995-2000) marquent la montée en puissance de Law & Order sur plusieurs points : l’écriture, l’audience, le roulement des acteurs qui loin de nuire à la série accroît les possibilités scénaristiques, l’expansion de l’univers sous forme de crossovers et de séries dérivées. Détaillons tout cela.

New York Police judiciaire n’a pas été un hit d’audience à ses débuts (New York Unité spéciale de ce point de vue gravira plus vite les échelons). Reconnue pour ses qualités d’écriture et de production, la série n’entrera dans le Top 10 qu’à la saison 11, en 2000-2001. Elle passe le seuil du Top 20 à la saison 8 (1997-1998, 20e place selon l’indice Nielsen) et progresse à la 13e puis à la 11e les deux saisons suivantes. Cette progression coïncide avec une complexité grandissante qui prend plusieurs formes et assoit peu à peu l’identité de la série.

Départs et arrivées : la « famille » s’agrandit

Plusieurs changements dans la distribution depuis la saison 2 démontrent que le départ et l’arrivée de personnages, même de premier plan, n’altère en rien la qualité du show. Centré sur l’intrigue (plot-driven), comme le répète constamment le producteur Dick Wolf, il s’accommode très bien de changements de visage qui accroissent finalement sa richesse. Un départ en effet peut occasionner un drame interne (par opposition aux drames externes amenés chaque semaine par les personnages épisodiques) qui permet de mettre la lumière sur la personnalité des autres personnages. Ainsi la mort de Max Greevey au début de la saison 2 (George Dzundza quittant la série au terme de sa première saison) permet-elle de souligner les sentiments personnels de son équipier Logan en mettant en scène sa difficulté à gérer l’événement et à accepter son nouveau partenaire, Cerreta. L’interprète de ce dernier, Paul Sorvino, souhaitant rapidement partir, la sortie de son personnage au début de la saison 3 est permise par une blessure qui constitue une nouvelle opportunité dramatique. Enter Jerry Orbach qui conservera le rôle de l’inspecteur Lennie Briscoe durant treize ans mais c’est alors Chris Noth qui quitte la série au terme de la saison 5. Le coup est plus rude étant donné la popularité acquise par le personnage, pourtant la série ne s’en ressent pas, même si le nouveau personnage (Rey Curtis incarné par Benjamin Bratt) a peut-être plus de mal cette fois à être adopté par le public. Il n’empêche que la « nouvelle recrue » Orbach devient désormais le doyen de la série, accueillant un nouvel équipier lorsque Bratt cède sa place à Jesse L. Martin en 1999 (saison 10). Surtout, d’autres changements ponctuent ces saisons : tandis que Dann Florek a cédé le rôle du chef des enquêteurs à S. Epatha Merkerson à partir de la saison 4, Michael Moriarty a cédé le siège du premier substitut du procureur à Sam Waterston dans la saison 5 et les assistants du premier substitut changent eux-mêmes de façon régulière, Richard Brooks cédant la place à Jill Hennessy qui disparaît au profit de Carey Lowell, laquelle laisse la place à Angie Harmon, chacun restant deux ou trois ans. A chaque départ, une opportunité dramatique de mettre en avant un incident ou un enjeu privé, abandon du statut d’accusateur au profit de celui de défenseur (Brooks / Robinette), actualité personnelle (Lowell / Ross) ou, plus dramatique, accident mortel (Hennessy / Kincaid).

Un départ ne signifie pas, de surcroît, une disparition totale. Brooks, Lowell, Florek continuent d’apparaître ponctuellement en reprenant pour un épisode, de loin en loin, le rôle qui les a fait connaître dans la série. Trois ans après son départ, Chris Noth revient en Logan dans un téléfilm spécial diffusé parallèlement à la saison 9 (Exiled / Le Retour de l’inspecteur Logan), retrouvant le personnage là où il fut « exilé » après la saison 5 en raison d’un malheureux coup d’éclat. Il réintègrera ensuite la Criminelle en faisant son grand retour dans New York Section criminelle, l’une des séries dérivées de Police judiciaire. Florek, lui, reprend son rôle de

Capitaine Cragen dans le téléfilm Exiled (1998) avant de l’endosser sur la longue durée dans la série dérivée New York Unité spéciale (1999). Chacun devient l’un des marqueurs d’une série qui bâtit sa propre mythologie au fil des années, tirant profit d’un aléa externe (Dick Wolf a toujours accepté de laisser partir les acteurs pour des raisons personnelles ou professionnelles en dépit du contrat les liant en théorie pour plusieurs saisons) pour en faire un atout interne, celui d’une multiplication des personnages-phares et d’une amplification de leurs possibilités dramatiques. Le départ de Claire Kincaid à la fin de la saison 6 a des répercussions importantes sur plusieurs autres personnages (dont Briscoe) et continue d’être évoqué ponctuellement dans la série.

Continuité

Ainsi se crée une continuité d’autant plus inattendue que le concept de la série rejetait d’emblée dans les marges la vie personnelle de ses protagonistes. Donnant la priorité à l’intrigue et reposant sur une écriture au cordeau qui multiplie les scènes dans une structure de surcroît double (la part des policiers, celle des procureurs), la série parvient pourtant à développer un background pour chacun de ses protagonistes à coups d’allusions dans les dialogues et de conflits ou d’amitiés qui s’insèrent dans une intrigue toujours changeante. Peu à peu, certaines lignes narratives, tout en restant secondaires en temps d’écran, sont filées sur plusieurs épisodes et permettent une forme de cliffhanger à la mode Law & Order, toujours secondaires par rapport à l’enquête épisodique mais résonant singulièrement avec elle ou riche d’émotion contenue. C’est le cas du départ de Rey Curtis amené par la grave maladie de son épouse, de la difficile décision que doit prendre Adam Schiff au sujet de sa propre femme, de la disparition brutale de Claire Kincaid. Lennie Briscoe prend sa part de ces drames, impliqué dans l’accident de Claire puis ébranlé par la mort de sa fille et ses suites.

C’est donc bien une « famille » qui se crée au fil des saisons de la série, dans laquelle il faut intégrer des figures très secondaires, de quasi figurants auxquels le spectateur s’habitue en les voyant apparaître en arrière-plan, parfois pour une seule scène mais sur une longue durée. L’exemple type : l’inspecteur Tony Profaci, interprété par John Fiore dès la saison 2 et jusqu’à la saison 9, où son départ est habilement négocié, non dans New York Police judiciaire mais dans le téléfilm Exiled, dont il est un acteur de premier plan après avoir fait œuvre de second couteau dans plus de huit saisons de Police judiciaire. Un coup de maître scénaristique.

Il est bon de souligner ici la façon dont les scénaristes impliquent les acteurs dans la définition de leurs personnages. « Chaque personnage est porté par la personnalité de son interprète. C’est l’acteur qui lui donne sa consistance et sa force. » (1) Cette déclaration de Sam Waterston (le Premier Substitut Jack McCoy) se vérifie quand on compare la bio d’un acteur avec celle de son personnage : lieu de naissance, origines, convictions passent facilement de l’un à l’autre, a fortiori quand le personnage dure, comme celui de McCoy. Une richesse supplémentaire qui concourt à l’effet de « famille » en mêlant réalité et fiction. Rien d’étonnant, pour cette raison, à ce que que Chris Noth soit crédité comme co-scénariste du téléfilm Exiled dont il est le héros.

L’une des manières de révéler les caractères en gardant la primauté à l’intrigue est d’orchestrer des conflits personnels qui redoublent l’impact des enjeux sociétaux et judiciaires. On verra plusieurs fois les personnages, policiers comme procureurs, s’affronter au détour d’une ligne ou d’une scène sur la peine de mort, l’avortement, la fécondation in vitro, les accommodements possibles ou non avec tel ou tel coupable. Une affaire peut également raviver une douleur personnelle et donner lieu à un aveu qui éclaire brusquement un personnage (par exemple, le viol subi par Abbie Carmichael et révélé dans l’épisode 9.08). Les conflits personnels ne sont pas rares dans la série et se font parfois vifs (comme entre McCoy et Schiff quand le premier refuse de céder aux pressions politiques que le second est obligé de prendre en compte pour des raisons électorales et stratégiques). Il peut arriver aussi qu’une relation sorte du cadre professionnel, même si c’est davantage suggéré qu’explicité (la liaison supposée entre McCoy et Claire Kincaid dans les saisons 5 et 6). Interrogé sur ce qui ferait selon lui un « épisode idéal » de Law & Order, Dick Wolf évoquait la multiplicité des points de vue : « L’épisode ‘parfait’ est celui où les six personnages ont des points de vue différents sur un même dilemme moral ou une notion, et ont tous raison. Les points de vue qu’ils développent sont tous logiques et convaincants en eux-mêmes et l’on peut voir comment des personnes bien intentionnées peuvent être en désaccord. » (2) Et de citer l’épisode 1.12, « Life Choice /

Pour la vie », où une bombe explose dans une clinique pratiquant l’avortement et où plusieurs points de vue entrent en conflit à mesure que l’enquête progresse. Un épisode qui provoqua d’ailleurs une fuite des annonceurs et fit perdre de l’argent à NBC, preuve d’engagement et de soutien du network à l’égard de la série.

Crossovers en série(s)

Le crossover est l’autre moyen employé par Law & Order pour développer un univers étendu. Trois fois, au cours des saisons 6 à 9, New York rencontre Baltimore en faisant travailler ensemble les flics de la Grande Pomme et de Charm City (les surnoms respectifs des deux villes). Dick Wolf est un grand admirateur du travail de Tom Fontana, producteur de Homicide et Oz. « En toute franchise, Tom est incontestablement l’un des meilleurs écrivains dans ce métier, et même s’il sacrifie au rythme hebdomadaire ce qui sort de sa tête est incroyablement singulier, et d’une certaine manière immédiatement reconnaissable. Regardez un épisode de Homicide, c’est du Tom tout craché. Ce n’est pas pour enlever quoi que ce soit aux autres scénaristes, qui font un travail formidable, mais le cerveau de cette série, ou ce qui la recouvre entièrement, c’est vraiment la vision de Fontana (‘Fontanavision’). » (3) Lier de façon récurrente les deux univers est donc une idée logique, en plus d’une opportunité immanquable puisque les deux shows sont diffusés par NBC. Law & Order passant le mercredi soir et Homicide le vendredi à la même heure (22 h), chacun des trois crossovers propose une histoire déroulée la même semaine, commencée à New York et terminée à Baltimore. Le premier est co-écrit par une plume de chaque série, Michael S. Chernuchin pour L&O, Jorge Zamacona pour Homicide. Le deuxième par Zamacona seul. Le troisième signé de deux des plumes majeures de chaque série : Rene Balcer pour la première, David Simon pour la seconde. Les trois histoires sont réalisées par Ed Sherin, l’une des chevilles ouvrières de L&O, présent depuis la saison 2 et désormais intégré au team des producteurs.

Si les deux séries visent un public adulte et reposent sur une approche réaliste, ayant opté toutes deux pour un tournage en extérieur dans la ville même de la fiction (ce qui ne va pas de soi, cf. Les Experts Las Vegas ou Les Dessous de Palm Beach pour ne citer que deux shows tournés essentiellement à Los Angeles malgré leurs titres), leurs styles sont cependant très différents, ce qui rend leur rencontre d’autant plus intéressante. Du point de vue de l’image, si les deux shows aiment le tournage caméra à l’épaule, pour être au plus près des acteurs tout en s’insérant parfaitement dans leur environnement considéré comme un « personnage » à part entière, l’approche de L&O est plus classique que celle de Homicide, plus neutre, captant les faits, les visages, les dialogues, les attitudes au fil de scènes courtes et nombreuses. La présence des cartons qui introduisent les différentes scènes, indiquant précisément les lieux et parfois les noms des personnes interrogées, scandées par le ching ching (ce son unique, constitué de deux notes, que Mike Post a samplé à la demande de Dick Wolf), ajoute à l’impression de rigueur et d’urgence qui accompagne chaque histoire de la série. Une forme de fatalité, de justice implacable. Dialogues vifs, allant à l’essentiel, refus des digressions personnelles réduites à des allusions et des remarques disséminées dans le fil narratif de l’enquête, personnages entièrement dévoués à leur tâche et définis par elle. Homicide au contraire privilégie les digressions. On y parle beaucoup, et beaucoup de soi. Deux scènes types : la caméra placée derrière eux filme le dialogue des deux flics assis à l’avant de leur voiture, qui devisent davantage sur l’état du monde et de leurs vies respectives que sur l’enquête en cours ; au commissariat, au contraire, la caméra suit les uns et les autres au fil de conversations parfois décousues où chacun apporte son point de vue, sa pointe d’humour (volontiers noir), parlant de lui autant que des faits liés aux enquêtes. Les vies personnelles ont voix au chapitre dans une série qui s’emploie à montrer des hommes au travail, avec leurs failles et leurs nuances. Document pris sur le vif versus documentaire-pièce à conviction.

Cette différence fait le sel particulier des crossovers. Passant d’une série à l’autre, Ed Sherin épouse le style de chacune, livrant en quelque sorte un point de vue différent sur les protagonistes. Le changement d’univers implique une autre façon de s’exprimer, de bouger, d’interagir. Pour le public de L&O, c’est l’occasion de voir les flics de New York sous un autre jour, plus détendu (le voyage vers une autre ville est une parenthèse dans leur travail, un moment de détente relative, ils ne sont pas en charge mais invités, non plus sur le qui-vive, à peser chaque mot prononcé devant eux et créer des liens, mais disponibles, ouverts). Ainsi Rey Curtis accepte-t-il de répondre à quelques questions personnelles, voire à entrer dans un jeu de séduction (situation qui constitue l’une des lignes narratives du personnage dans L&O) tandis que Lennie Briscoe noue d’emblée une relation particulière avec John Munch. Ces deux-là ont beau ne pas se ressembler, on sent entre eux une entente instinctive, non dénuée de sens critique. Sa traduction charnelle inattendue ? Ils réalisent en parlant (précisément de la vie privée de Munch, toujours prompt à la confidence) qu’ils ont connu (bibliquement) la même femme : Lennie (deux fois marié, deux fois divorcé) en effet a eu une aventure new-yorkaise avec l’ex-femme de Munch ! Coïncidence improbable qui bouleverse l’univers mental et intime de Munch autant qu’elle amuse Briscoe. Ils en reparleront encore dans le crossover suivant. Cette fois, l’accent sera porté plutôt sur le couple Curtis-Falsone (Jon Seda dans Homicide), qui partagent une vie conjugale contrariée, mais toujours dans l’idée d’ouvrir les policiers de L&O au style digressif et intime de Homicide, donc de porter une lumière différente, plus « cool », sur les flics new-yorkais. Les mêmes remarques valent pour la partie Ministère public, McCoy et deux de ses assistantes (Claire Kincaid dans la saison 6, Jamie Ross dans la 8) ayant aussi le bonheur de faire le déplacement à Baltimore et de côtoyer leurs collègues dans comme hors du travail. Ils se laissent embarquer volontiers dans une scène que l’on imagine plus difficilement dans L&O : la scène de bar de Homicide, où chacun se laisse aller autour d’une pinte. Devant la Cour, McCoy et son homologue Danvers trouvent rapidement un terrain d’entente qui, en d’autres circonstances, pourrait aussi prendre la forme d’une amitié.

Et Law & Order devient une franchise

Les crossovers avec Homicide sont donc bien plus qu’un gimmick, une astuce pour se faire de la pub conjointement. Ils sont une manière unique d’ouvrir chacune des séries sur un univers à la fois proche et différent, en dégageant un capital sympathie qui profite à tous. On peut parier d’ailleurs que les crossovers auraient continué si Homicide n’avait pas été annulée au terme de sept saisons alors que Law & Order continuait sa course avec de plus en plus de succès. Comme les départs périodiques de L&O, cependant, la fin de Homicide va être saisie au vol comme une opportunité unique par les producteurs de L&O, et faire du crossover suivant la suite logique des trois précédents : la série dérivée New York Unité spéciale récupère, à l’automne 1999, le personnage de John Munch qu’a libéré l’annulation de Homicide quelques mois plus tôt. Or, Munch est le seul flic de Baltimore qui a participé aux trois histoires conjointes des deux séries. Celui qui, par son tandem avec Briscoe, a le plus aisément intégré l’équipe de New York. Quoi de plus naturel, par conséquent, que de le voir transporter son complotisme indécrottable et ses confidences personnelles dans la Grande Pomme, où il deviendra l’un des marqueurs de l’Unité spéciale comme il l’a été de la Criminelle de Baltimore ?

Le crossover entre New York Police judiciaire et New York Unité spéciale est une opération créative et commerciale pour lancer la série dérivée, diffusée le vendredi soir à 21 h. Exceptionnellement, un épisode supplémentaire de Police judiciaire est diffusé le vendredi à la suite d’Unité spéciale, de façon à offrir une histoire bouclée sur une seule soirée. La semaine suivante, les deux stars d’ Unité spéciale Christopher Meloni et Mariska Hargitay apparaissent de nouveau dans Police judiciaire afin de renforcer le pont entre les deux programmes. Dick Wolf participe lui-même à l’écriture de l’histoire avec Rene Balcer et Robert Palm, showrunners respectifs des deux séries, le script étant adapté par Palm et Wendy West pour Unité spéciale, par Richard Sweren pour Police judiciaire. Chaque programme garde ainsi sa spécificité, même si la série dérivée reprend les codes de la série mère (générique réarrangé, ching ching, filmage, écriture). New York Unité spéciale, c’est toujours Law & Order mais avec quelques différences, à commencer par la division particulière dont font partie les enquêteurs, l’Unité spéciale des Victimes (Special Victims Unit, ou SVU), euphémisme pour désigner la Sex Crimes Unit. Le titre envisagé était d’ailleurs Law & Order : Sex Crimes , avant un repositionnement destiné à atténuer la violence des crimes mis en scène dans la série (« à cause du network,

(1) Cité par Martin Winckler dans « Law & Order ou la conquête de la galaxie télévisée », Episode n°5, février 2003, Presse A&F, p. 39. (2) Entretien dans TV Creators : Conversations with America’s Top Producers of Television Drama, James L. Longworth Jr, Syracuse University Press, 2000, p. 14. (3) Entretien avec James L. Longworth Jr, op. cit., p. 18. (4) Entretien avec James L. Longworth Jr, op. cit., p. 15. des deux networks [NBC et USA Network, chaîne câblée désormais concernée par la diffusion de Law & Order] qui craignaient que la série ne soit boycottée par les annonceurs simplement parce qu’il y avait ‘sexe’ dans le titre, ce qui selon moi était une erreur », selon Dick Wolf). (4)

John Munch (incarné par Richard Belzer) n’est pas la seule surprise de New York Unité spéciale . On y retrouve aussi un visage familier de la première heure de Police judiciaire , puisque Dann Florek reprend son rôle de Capitaine Cragen, qu’il tenait dans Police judiciaire avant d’être remplacé par S. Epatha Merkerson. Les deux comédiens avaient d’ailleurs partagé une scène dans le téléfilm Exiled quelques mois plus tôt, pour « préparer le terrain » en amont. (On s’attendrait presque à voir l’inspecteur Logan revenir lui aussi, mais il faudra attendre 2005 pour le voir reparaître dans l’autre série dérivée majeure, New York Section criminelle. Notons que Chris Noth apparaît lui aussi dans un épisode de Homicide, saison 3, 1995, intitulé... « Law & Disorder ».)

LA LOI / LES FLICS

INSPECTEUR REYNALDO CURTIS — SAISONS 6 À 9

Cosmopolite par ses parents (mère péruvienne, père américain d’origine allemande, anglaise et autrichienne, ce que le personnage emprunte en fait à l’acteur Benjamin Bratt), Rey est un Catholique pratiquant. Politiquement conservateur, il désapprouve la discrimination positive et l’insémination artificielle. Sa sœur est morte dans un accident alors qu’elle n’avait que dix ans. Marié depuis 1989, il a trois enfants : Olivia, Serena et Isabel. Si la série lui offrira quelques opportunités extra-conjugales (c’est même pour s’éloigner de sa précédente supérieure qu’il a demandé sa mutation au 2-7) et qu’il est même chassé de son foyer après une infidélité (saisons 6 et 7), c’est malgré tout pour être auprès de sa femme Deborah qu’il quitte son travail en 1999 (fin de la saison 9). Elle mourra dans ses bras dix ans plus tard.

BENJAMIN BRATT

Benjamin Bratt est né en 1963. S’il commence sa carrière à la fin des années 1980 et tient des rôles récurrents dans deux séries éphémères (Les Chevaliers de la nuit en 1988 et Nasty Boys / Brigade de choc à Las Vegas en 1990), c’est avec son rôle dans New York Police judiciaire qu’il acquiert une large popularité et une reconnaissance marquée par deux ALMA Awards, en 1998 et 1999 (attribués à des artistes latinos). Côté séries, on le retrouve ensuite dans DOS : Division des Opérations Spéciales, The Cleaner, Private Practice, 24 heures chrono, Star et Andor notamment. Au cinéma, on le voit dans Danger immédiat, Demolition Man, Planète rouge, Traffic, Piñero, Catwoman, Trucker, Dr Strange, Dead for a Dollar entre autres. Il a été un temps le petit ami de Julia Roberts, à l’époque où la star accepta d’apparaître dans un épisode de Police judiciaire (S09 E20).

INSPECTEUR ED GREEN — SAISONS 10 À 18

Muté du district 2-9 où son travail à la Criminelle était lié aux gangs, Ed Green est Inspecteur junior quand il succède à Rey Curtis au côté de Lennie Briscoe (saison 10). Après le départ à la retraite de ce dernier, il fait équipe durant deux ans avec Joe Fontana (saisons 15 et 16) puis passe Inspecteur principal et forme à son tour deux Juniors (saisons 17 et 18). Plus agressif que Curtis dans sa façon d’aborder les suspects, il a connu quelques problèmes de dépendance au jeu et vécu un temps au Moyen-Orient. Son entente avec Briscoe prend un peu de temps, en raison de leur différence d’âge (qui fait douter Green des capacités de son partenaire plus âgé). Blessé par balle en 2005 (S15 E20), il est affecté à un travail de bureau avant de reprendre du service actif à l’automne suivant. C’est sous le coup d’une accusation de meurtre (dont il sera finalement blanchi) qu’il démissionne de la police en 2008 (S18 E14).

JESSE L. MARTIN

Né en 1969, Jesse L. Martin est parfois producteur des séries où il joue (The Irrational et Re :Uniting en 2023), ainsi que scénariste et réalisateur d’un court-métrage en 2016. C’est New York Police judiciaire qui le fait connaître en 1999 (et jusqu’en 2008), après des apparitions télé et un film (Restaurant, en 1998, avec Adrien Brody et Simon Baker notamment). Juste avant Police judiciaire, il tient un rôle récurrent dans la série 413 Hope Street et dans Ally McBeal, apparaissant aussi dans un X-Files (S06 E19). Après Law & Order, où il reprend son rôle dans Unité spéciale, Section criminelle et Cour de justice, il fait des apparitions au cinéma et à la télévision, reprenant un rôle régulier dans Flash entre 2014 et 2023. Mais c’est sur les planches que l’acteur voulait surtout remonter en se séparant de Police judiciaire. C’est là en effet qu’il fut révélé par le rôle de Tom Collins, informaticien gay dans la comédie musicale RENT, dont il tournera aussi l’adaptation cinéma en 2005 (libéré provisoirement de son rôle dans Police judiciaire et remplacé durant cette période par Michael Imperioli, fin de la saison 15). En quittant la police de New York, Martin reprend donc le costume d’époque du répertoire de Shakespeare pour Le Marchand de Venise et Un Conte d’hiver.

L’ORDRE / LES PROCUREURS

JAMIE ROSS — SUBSTITUT — SAISONS 7 & 8

Ancienne avocate devenue assistante du District Attorney, diplômée de l’université Columbia, divorcée de l’avocat Neil Gorton, son ancien associé dans la firme Gorton & Steinhart, dont elle a une fille, Katie, elle démissionne finalement de son poste pour se battre pour la garde son enfant. Elle redevient avocate, parfois opposée au tribunal à son ancien patron le procureur Jack McCoy (S10 E05 et S11 E22), puis siège comme juge et officie de nouveau comme assistante du procureur. Si sa relation de travail avec McCoy est d’abord tendue, elle repose ensuite sur une confiance mutuelle encouragée par le D.A. en titre, Adam Schiff. Ils se retrouvent en 2022 (S21 E01) quand elle est de nouveau ADA et lui District Attorney.

CAREY LOWELL

Née en 1961 à New York, future épouse de Richard Gere à l’époque de son engagement sur New York Police judiciaire (elle convole en 2002 et divorce en 2016), diplômée de littérature, mannequin pour Ralph Lauren et Calvin Klein, James Bond Girl dans Permis de tuer en 1989, à l’affiche de La Nurse en 1990, Nuits blanches à Seattle en 1993 et Leaving Las Vegas en 1996, elle endosse le rôle de Jamie Ross dans Police judiciaire de 1996 à 1998 et le retrouve en 2005 dans New York Cour de justice et en 1999, 2001 et 2022 pour quelques apparitions dans Police judiciaire . Peu présente à l’écran, consacrant plutôt son temps à son activité de céramiste, elle prête son concours aux séries Six degrees, Blue Bloods et Bull notamment, apparaissant au cinéma dans la satire politique C Street en 2016.

ABBIE CARMICHAEL — SUBSTITUT — SAISONS 9 à 11

Ancienne étudiante de l’université du Texas (dont est originaire aussi l’actrice Angie Harmon) où elle fut victime d’un viol (elle le révèle à McCoy dans l’épisode 9.08), employée au Special Narcotics Bureau à partir de 1994, mutée au bureau du District Attorney de Manhattan en 1998, assistante de Jack McCoy jusqu’en 2001, elle intègre ensuite les services de l’U.S. Attorney. Politiquement conservatrice, favorable à la peine de mort et hostile au contrôle des armes comme aux programmes de réhabilitation des criminels, elle n’hésite pas à défendre ses positions contre ses supérieurs.

ANGIE HARMON

Née en 1972 au Texas, mêlant des origines grecques et indiennes, Angie Harmon a gagné un concours national du magazine Seventeen en 1987 (à 15 ans donc) et été « découverte » par David Hasselhoff qui en fit l’héroïne de sa série dérivée d’Alerte à Malibu , Mitch Buchannon (Baywatch Nights) , en 1995-1997. Apparue déjà dans un épisode de Le Rebelle , elle participe ensuite à la série C-16 et endosse le rôle de l’assistante du procureur Abbie Carmichael dans New York Police judiciaire pour trois saisons (1998-2001). Dick Wolf la libère de son contrat pour lui permettre de tenter sa chance au cinéma, où elle apparaît dans la comédie d’action Cody Banks : Agent secret (2003), le thriller The Deal et Braqueurs amateurs (tous deux en 2005), le western Seraphim Falls (2006) avant de retrouver le chemin de la télévision avec Women’s Murder Club en 2007 et surtout Rizzoli & Isles entre 2010 et 2016 .

LE POINT DE VUE CLINIQUE

DR EMIL SKODA — SAISONS 8 à 20

On saura peu de choses de sa vie privée, sinon qu’il a un enfant (ce que révèle l’épisode 8.09, où il évoque son goût pour la Nintendo et le patin à roulettes). Consulté par la police aussi bien que par le bureau du procureur, il sait se montrer à l’écoute mais aussi brusquer, si besoin, les suspects dont on lui demande d’évaluer le profil psychologique, avant éventuellement de témoigner à la barre au bénéfice du procureur. Docteur en médecine spécialisé en psychiatrie, il a une approche et un style différents de ceux du Dr Elizabeth Olivet, qui l’a précédé dans la série mais qui est aussi parfois appelée à donner son avis en contrepoint de celui de Skoda, sur certains profils épineux.

Emil Skoda apparaît pour la première fois dans New York Police judiciaire en 1997 (S08E02). Il apparaît également dans un épisode de New York Undercover, autre série produite par Dick Wolf hors franchise Law & Order, en 1998, avant de faire quelques apparitions dans New York Unité spéciale (saisons 1 et 2, 2000-2001) et une dans New York Section criminelle en 2002. Il prête son concours ponctuel aux enquêteurs de Police judiciaire jusqu’en 2010 (saison 20) mais on ne le voit plus entre les saisons 15 et 20 (de 2004 à 2010).

J.K. SIMMONS

Né en 1955, J.K. Simmons fait son apparition sur les écrans dans les années 1980 et surtout 1990. Quelques apparitions en séries (dont un épisode d’Homicide) et sur grand écran (Mesure d’urgence avec Hugh Grant et Gene Heckman, La Part du mal avec Denis Leary et Terence Stamp, Le Chacal avec Willis, Gere et Poitier, Celebrity de Woody Allen...), et déjà le voilà remarqué grâce à son rôle de Vern Schillinger, l’odieux suprémaciste blanc de la série Oz. Grand et petit écrans se mêlent ensuite pour lui dessiner une carrière bien remplie, de The Mexican avec Brad Pitt, Julia Roberts et James Gandolfini (2001) à la série animée Invincible en 2021-2025. S’il a intégré la galaxie Marvel en incarnant (dans son corps et sa voix) le J. Jonah Jameson de Spider-Man, flirté avec DC dans le Justice League de Zack Snyder en 2017, marqué le cinéma avec son rôle dans Whiplash de Damien Chazelle en 2014, il a aussi donné la réplique à Sissy Spacek dans les 8 épisodes de Night Sky, une série de SF troisième ou quatrième âge, en 2022.

Avant d’être Emil Skoda, J.K. Simmons joue un autre rôle dans la saison 4 de Police judiciaire (S04E19). En 1996, il incarne un néo-nazi dans un épisode de Homicide qui est la seconde partie d’un crossover avec Police judiciaire (S06E13) et enchaîne avec la série carcérale Oz (de 1997 à 2003), prolongement de son rôle dans Homicide (mais sous une autre identité). Notons incidemment qu’il garde son diplôme de docteur dans le film Un automne à New York de Joan Chen, avec Richard Gere et Winona Ryder, mais aussi Jill Hennessy (Claire Kincaid dans Police judiciaire entre 1993 et 1996), en 2000.

CÔTÉ PRODUCTION

RENE BALCER

Né en 1954 à Montréal où il a fait ses études, assistant de John Huston sur le tournage d’Angela (Boris Sagal, 1978, Huston y est acteur), cadreur, journaliste, monteur, critique de cinéma, documentariste, il émigre ensuite à Los Angeles où il travaille avec Monte Hellman, Francis Ford Coppola, les producteurs Lawrence Gordon et Mace Neufeld, il participe à l’écriture notamment de Star Trek Next Generation et Brigade de choc à Las Vegas (dans laquelle joue Benjamin Bratt, l’un des inspecteurs de Police judiciaire plus tard). Engagé par Dick Wolf dès la première saison de Police judiciaire, il en est le story editor lors de la saison 2 et écrit ou révise de plus en plus d’épisodes en qualité de story consultant (saison 3) puis co-producteur (saison 4), producteur (saison 5), co-producteur exécutif (saison 6) puis producteur exécutif (saisons 7 à 10). Il crée et produit alors la série dérivée New York Section criminelle (2001-2011) puis Los Angeles Police judiciaire (2010-2011) et Law & Order True Crime (2017), tout en reprenant ses fonctions sur New York Police judiciaire de 2007 à 2010. Il participe aussi à l’écriture et à la production de FBI et FBI Most Wanted Criminals, autres séries franchisées de Dick Wolf, entre 2018 et 2020. Sa contribution à Law & Order correspond à l’âge d’or de la franchise, dont il est l’un des artisans majeurs. Outre la création de séries dérivées, la franchise a été récompensée par plusieurs récompenses (meilleure série, écriture, acteurs...) et une popularité accrue. Impliqué en 2007 dans le développement de l’adaptation Paris Enquêtes criminelles, il écrit et produit aussi la mini-série Jo à Paris en 2013, avec Jean Reno.

A PROPOS DES FORMATS DE LA SÉRIE

Diffusé en 4/3 jusqu’en 1990, puis en 16/9 jusqu’à sa dernière saison, la série Law & Order New York Police Judiciaire a été tournée en 1.85 : 1 à partir de 1995. Nous vous proposons les épisodes des saisons 6 à 10 en 1.78 : 1 (encodé en 1920 x1080 p en Blu-ray ), soit dans la version qui propose le plus d’image.

A noter que la saison 6 est en mono (comme les 5 précédentes), et la série passe en stéréo à partir de la saison 7.

Cette édition respecte ces formats audios d’origine.

« Dans le système pénal américain, le Ministère Public est représenté par deux groupes distincts mais d’égale importance : la police, qui enquête sur les crimes, et le procureur, qui poursuit les criminels. Voici leurs histoires. »

Créé par / Producteur exécutif Dick Wolf

Musique de Mike Post

Conseillers techniques : William N. Fordes, Michael Struk, Dr Park Dietz

Diffusion US : NBC Diffusion France : France 3 (saisons 1 à 5, 1994-1997), 13e Rue (à partir de 1990), TF1 (à partir de 2003) Rediffusions françaises sur TF6, TMC, TV Breizh, NRJ 12, Chérie 25, RMC Story

Distribution principale :

Jerry Orbach : Senior Detectrive Lennie Briscoe, 1992-2004 (VF Daniel Gall)

Benjamin Bratt : Inspecteur Reynaldo ‘Rey’ Curtis, 1995-1999 (VF Maurice Decoster)

Jesse L. Martin : Inspecteur Ed Green, 1999-2008 (VF Frantz Confiac)

S. Epatha Merkerson : Lieutenant Anita Van Buren, 1993-2010 (VF Emilie Benoît)

Sam Waterston : Exec utive Asst. D. A., 1994-2010 puis 2022-2024 (VF Michel Paulin)

Steven Hill : D. A. Adam Schiff, 1990-2000 (VF Raoul Delfosse)

Jill Hennessy : Asst. D. A. Claire Kincaid, 1993 -1996 (VF Françoise Cadol)

Carey Lowell : Asst. D. A. Jamie Ross, 1996-1998 (VF Charlotte Marin)

Angie Harmon : Asst. D. A. Abbie Carmichael, 1998-2001 (VF Juliette Degenne)

La voix française du narrateur : Jean Roche

Guide des épisodes des saisons 11 à 15

Entrées et sorties dans New York Police Judiciaire

La richesse d’une série chorale

Les entrées et sorties de personnages principaux sont devenues très vite une caractéristique de New York Police Judiciaire. Dès la fin de la saison 1, le départ du comédien George Dzundza, qui constituait la moitié du duo d’inspecteurs, oblige les scénaristes à lui trouver un remplaçant. Ce sera Paul Sorvino. Le personnage de Dzundza, Max Greevey, est abattu dans le prologue du premier épisode de la saison 2, incarné par un acteur anonyme que l’on n’aperçoit que de dos et sous la pluie à travers une fenêtre. Celui de Sorvino, Phil Cerreta, est introduit pour prendre en main l’enquête sur son assassinat (S2E1). La première rencontre avec le nouveau personnage, et sa première scène avec le partenaire qui l’a précédé dans la série, et dont le public est déjà familier, est ou sont (parfois c’est la même scène, parfois les deux moments sont distincts) un morceau particulièrement soigné par les scénaristes. C’est à cette présentation que nous nous intéressons ici.

Changements de partenaire

Les deux partenaires, « l’ancien » et « le nouveau », vont-ils s’entendre d’emblée ? Comment sera définie leur relation ? Cette définition scelle-t-elle leurs rapports futurs ou est-elle évolutive ? Dans une série qui se concentre sur les enquêtes et dessine la personnalité de ses personnages à travers des situations et des dialogues inscrits dans la narration de l’enquête, chaque mot, chaque attitude pèsent. Ainsi « l’ancien », Mike Logan, est-il peu soucieux d’aménité envers son nouveau partenaire, Phil Cerreta, dans l’épisode qui met en scène leur rencontre. Sous le choc du meurtre de son équipier, Logan n’est pas en mesure de faire bon accueil à Cerreta, qui se substitue trop brutalement à Greevey. Dès l’épisode suivant, cependant, leur relation est sur les rails et l’esquisse d’une hostilité s’estompe au profit d’une collaboration à l’image de celle de Logan et Greevey. Physiquement, Paul Sorvino occupe la place laissée vacante par George Dzundza : les deux hommes sont corpulents et sûrs d’eux. Ils ont déjà fait leurs preuves ailleurs en tant qu’acteurs et leur présence s’impose. Les deux personnalités en revanche ne coïncident pas exactement, Cerreta est plus modéré, davantage maître de ses mots et de ses gestes. Mais Cerreta joue le même rôle que Greevey auprès de Logan : il est le Senior Detective, Logan le Junior. Leur tandem fonctionne et lorsque Sorvino, à son tour, décide pour des raisons personnelles d’abandonner le rôle au début de la saison 3, Logan est aussi bouleversé par sa mise à l’écart qu’il le fut par celle de Greevey, preuve qu’une estime personnelle, voire de l’amitié, est née entre les deux équipiers.

Cette fois, Sorvino demeure pour négocier le passage de flambeau. Présent dans les neuf premiers épisodes de la saison 3, il s’efface à la faveur d’une blessure reçue par Cerreta et fait sa dernière apparition dans l’épisode qui voit l’arrivée de son successeur (S3E9). Entretenant la mémoire de la série, les scénaristes évoquent le parallèle entre l’arrivée de Cerreta l’année précédente et celle de son successeur Lennie Briscoe ici, par la voix du Capitaine Cragen. Logan se montrant hostile envers Briscoe, qui s’est installé d’emblée dans les souliers de Cerreta et à son bureau alors même que le retour en service de Cerreta est toujours envisagé, sitôt finie sa convalescence, Cragen lui fait remarquer qu’il a eu la même difficulté à s’adapter à Cerreta un an et demi plus tôt. De fait, une fois passé l’épisode de la passation de flambeau, c’est de nouveau une relation équilibrée qui se dessine entre Mike Logan et son nouveau partenaire.

Le comédien choisi pour prendre la place de Sorvino n’est, cette fois encore, pas un jeune premier. Né en 1935, Jerry Orbach n’a pas quatre ans de plus que Sorvino et son personnage est également Senior Detective. Logan bénéficie toutefois de son ancienneté dans la série et, sur le plan du grade, joue désormais à armes égales. Entre 1985 et 1987, Orbach a incarné un détective dans trois épisodes de la série très populaire Arabesque (Murder She Wrote), au côté d’Angela Lansbury, détective qui a ensuite eu sa propre série, La Loi du privé (The Law and Harry McGraw), 16 épisodes durant la saison 1987-1988, avant d’apparaître de nouveau dans trois épisodes d’Arabesque. En 1991, il a déjà participé à un épisode de New York Police Judiciaire, dans le rôle d’un avocat (S2E2), au moment où Sorvino faisait ses premières armes dans le rôle de Cerreta. (La version française lui conserve la même voix, celle de Daniel Gall, dans les trois rôles.)

Les femmes entrent en scène

La saison 4 apporte deux changements concomitants, touchant cette fois le reste de la distribution : l’assistant du procureur Paul Robinette et le Capitaine Cragen. Les deux départs ne sont pas explicités, simplement le Lieutenant Anita Van Buren remplace Cragen et Claire Kincaid remplace Robinette, sans que la mécanique narrative en soit altérée (S4E1). A ceci près que ce sont deux femmes qui endossent des rôles jusqu’ici masculins, cassant la dominante masculine de la série. Le schéma sera dès lors conservé : Anita Van Buren restera en place jusqu’à la saison 20 tandis que Claire Kincaid inaugure une tradition pérenne d’assistantes du procureur, première d’une succession de rôles aussi marquants l’un que l’autre. C’est elle qui, dès la rentrée suivante (S5E1), fait figure d’« ancienne » lorsque son supérieur, le procureur Benjamin Stone, est remplacé par Jack McCoy, indétrônable ensuite jusqu’à la saison 23. Tout en ouvrant de nouvelles questions avec la féminisation de ces deux rôles, les scénaristes conservent la problématique raciale de l’ADA (Assistant District Attorney) Robinette en la transférant au Lt Van Buren. Deux thématiques qui seront régulièrement exploitées par la suite.

Autre volonté manifeste derrière ces changements : un rajeunissement. Van Buren paraît plus jeune que Cragen (même si l’actrice S. Epatha Merkerson n’a que deux ans de moins que Dann Florek), Kincaid semble débutante en comparaison de Robinette (Jill Hennessy a six ans de moins que Richard Brooks), quant à McCoy il impose dès sa première apparition un dynamisme et une désinvolture presque enfantins, qui feront cependant place rapidement à un professionnalisme avéré et une détermination allant jusqu’à la ténacité, voire l’acharnement. Par son parler, son attitude, McCoy tranche avec le rigide Benjamin Stone que l’on voyait rarement rire et qui semblait porter le poids du monde sur ses épaules. Quelques mois seulement séparent Michael Moriarty et Sam Waterston à l’état-civil, pourtant McCoy paraît immédiatement plus jeune et coloré que Stone.

La féminisation des assistantes du procureur apporte avec elle une problématique propre à McCoy, qui sera fréquemment rappelée par la suite : bien qu’il n’ait eu que trois assistantes en vingt-cinq ans (ce qu’il rappelle à Claire Kincaid dès leur première entrevue), McCoy a épousé l’une d’elles (dont il a divorcé depuis) et leur relation était sincère et non opportuniste. Pourtant, il a la réputation (connue de Kincaid) de séduire ses assistantes. Les différents duos qu’il formera avec ses assistantes successives porteront cette ambiguïté fondatrice, et particulièrement sa relation avec Claire Kincaid.

Claire Kincaid, Jamie Ross, Abbie Carmichael, Serena Southerlyn, Alexandra Borgia : cinq assistantes se succèdent au côté de Jack McCoy durant les saisons 5 à 15. S’il est tentant d’y voir une déclinaison de la James Bond Girl (ou, pourquoi pas, des femmes se succédant dans la vie de J.R. dans Dallas), chacune n’en possède pas moins une personnalité propre, et chacune des actrices qui les incarnent également. Le rôle peut leur servir de tremplin : Jill Hennessy (Claire), en quittant la série, se tourne vers le cinéma durant quelques années avant de revenir en vedette d’une série (Preuve à l’appui, de 2001 à 2007) ; Angie Harmon (Abbie), révélée par Mitch Buchannon en 1995-1997, suit le même parcours et s’impose en tête d’affiche de Rizzoli & Isles (2010-2016). Pour Carey Lowell, en revanche, le parcours est inversé : mannequin pour Calvin Klein ou Ralph Lauren, c’est sur grand écran qu’elle débute, étant notamment James Bond Girl dans Permis de tuer (1989), avant d’être recrutée dans New York Police Judiciaire en 1996. C’est la seule qui reprendra le rôle pour quelques apparitions après son départ (en 1999, 2001 et 2022). Elisabeth Röhm (Serena) est révélée par deux séries (Angel et Bull, produite par Michael S. Chernuchin), reste quatre années dans Police Judiciaire et continue ensuite une carrière bien remplie au cinéma et à la télévision, à l’image d’Annie Parisse (Alexandra).

Si la collaboration de Claire avec McCoy commence sous de bons auspices, les scénaristes glissent un peu d’électricité dans les rapports du procureur avec ses trois assistantes suivantes, même si celle-ci grésille surtout dans l’épisode qui les introduit. Jamie et Abbie s’opposent frontalement à McCoy (S7E1, S9E1), imposant d’emblée leur personnage qui, d’un épisode à l’autre, doit s’affirmer dans un monde brutal où chaque erreur peut conduire au discrédit, voire à l’éviction. Serena, en plus d’être celle qui reste le plus longtemps (85 épisodes contre 68, 50 et 75 pour les précédentes, 34 seulement pour Alexandra), est sans doute celle dont la personnalité se heurte le plus durablement avec celle de McCoy mais aussi du nouveau procureur, Arthur Branch, au point que leurs désaccords récurrents conduiront à son renvoi (S15E13). Toujours, la façon dont ces dames sont introduites dans la série est travaillée pour donner le ton de leur caractère ; dans le cas d’Alexandra, c’est d’abord face à Joe Fontana (le successeur de Lennie Briscoe) qu’elle brille par son dynamisme et son efficacité (S15E14), avant d’être sommée par McCoy de choisir entre loyauté envers son patron et expression de ses convictions personnelles. Le propos est le même : d’entrée de jeu, et plus encore parce qu’elles sont « de passage », elles doivent s’imposer instantanément tant auprès des policiers que des procureurs, des avocats et des juges. Les conflits ponctuels permettent en outre de dramatiser les enjeux en suscitant débats et controverses durant l’instruction des dossiers ; si Abbie Carmichael se distingue par sa dureté envers les criminels, Serena au contraire s’identifie davantage aux prévenus, dans lesquels elle voit souvent des victimes. Toutes, par leurs prises de position et leurs oppositions, mettent en question le fonctionnement de la justice et parfois celui de leurs supérieurs eux-mêmes : ainsi Jamie Ross ne se prive-t-elle pas de désapprouver ouvertement la façon dont la course à sa propre réélection affecte le jugement du District Attorney Adam Schiff (S8E24). De même, c’est souvent le cynisme « masculin » de McCoy et surtout Branch qui suscite la désapprobation de Serena Southerlyn.

Chocs de personnalités

Côté policiers, le départ de Chris Noth à la fin de la saison 5 (S5E23) fait de Jerry Orbach (successeur de George Dzundza puis Paul Sorvino au côté de Noth à partir de la saison 3) le « senior » et le pilier de la moitié « police » de la série. L’acteur tient en effet le rôle de Lennie Briscoe jusqu’à la fin de la saison 14 (S14E24) et voit se succéder deux équipiers après le départ de Noth. Le même processus s’applique aux policiers et aux assistants du D.A. : une entrée en scène « marquée » puis une relative normalisation de la relation. Rey Curtis (incarné par Benjamin Bratt durant les saisons 6 à 9) est accueilli un peu froidement par Briscoe (qui le trouve trop jeune, S6E1) avant de former avec lui un tandem harmonieux. C’est encore plus le cas avec son successeur Ed Green, qui prend ses aises de façon un peu brutale lors de sa première apparition (S10E1) et s’impose ensuite comme un équipier sûr. La technique n’est au fond que la répétition des précédents changements de distribution : Lennie Briscoe lui-même, lors de sa première apparition (S3E9), heurtait Mike Logan par son caractère et son attitude, avant qu’ils ne forment un duo solide. Et le même phénomène se reproduit à l’arrive du successeur de Lennie Briscoe, Joe Fontana (S15E1). Fort en gueule, stigmatisé pour son élégance vestimentaire excessive, Fontana se distingue aussi par un rapport discutable à la vérité et à la légalité. Il ne lui faut ainsi qu’un épisode pour s’imposer et très vite les réserves sont mises de côté au profit d’un partenariat efficace et relativement harmonieux avec Ed Green. Quand celui-ci est blessé au cours d’une enquête (S15E20), Fontana est aussi affecté que le fut Logan à la mort de Greevey (S2E1) et lorsque Cerreta fut blessé (S3E8).

Le sommet de la hiérarchie judiciaire a lui aussi connu sa révolution. Steven Hill, qui incarna le District Attorney Adam Schiff (le procureur général de New York, patron de Ben Stone puis Jack McCoy) durant dix ans, tire à son tour sa révérence (S10E24). Son départ se fait sans tambour ni trompette. Au début de la saison 11 (S11E1), le véritable maire de New York, Rudy Giuliani, joue les acteurs invités pour annoncer son départ et présenter sa remplaçante. Car, là encore, il s’agit d’une femme. Introduite en qualité de D.A. par intérim, donc à titre provisoire, Dianne Wiest endosse le rôle de Nora Lewin pour deux saisons, avant l’arrivée de celui (un homme, de nouveau) qui occupera le siège de la saison 13 à la saison 20, Fred Dalton Thompson dans le rôle d’Arthur Branch. Ce sont là deux personnalités très différentes. Autant Branch est un conservateur à la carapace inattaquable, un politicien roué dont la parole est caustique et sévère, inaccessible au doute, autant Nora Lewin est une progressiste ouverte au débat, sensible aux enjeux éthiques de son métier ; elle enseigne d’ailleurs l’éthique du droit. Comme cela arrivait à l’occasion à Adam Schiff, Nora s’assied volontiers au tribunal pour assister aux audiences d’un procès afin de se faire une idée de la façon d’opérer de ses subordonnés mais aussi d’y puiser la matière de sa réflexion. Elle n’hésite pas à afficher ses doutes et à consulter avant de prendre une décision qui engage des vies humaines et pourrait modifier la loi. Si Jack McCoy s’accommode aussi bien de l’une et de l’autre, son assistante Serena Southerlyn s’accorde bien mieux avec Lewin qu’avec Branch. L’une fait écho à ses propres valeurs humanistes alors que l’autre leur fait violence sans état d’âme. Jack McCoy représente au fond un mixte de ces deux personnalités contradictoires : capable de donner à choisir à Alexandra Borgia entre loyauté et liberté de penser (S15E17), de plaider avec obstination pour la peine de mort, il n’est pas imperméable au doute (par exemple dans S14E9).

Série chorale qui connaît de fréquents changements de distribution, New York Police Judiciaire en a fait très tôt une force, amplifiant sa puissance dramatique. Plot drama, dévouée à la narration rigoureuse d’une double investigation, policière et judiciaire, elle n’en repose pas moins sur ses personnages principaux autant que sur ses intrigues. Chacun est doté d’une personnalité qui renforce les enjeux de chaque enquête et suscite l’intérêt à long terme. Si les scénaristes n’explorent que rarement les vies personnelles de leurs protagonistes, ils ne les développent pas moins au fil des répliques, à la faveur d’un échange dans la rue, au bureau, chez un suspect, et ne s’interdisent ni le recours à l’intrigue filée (la relation de Lennie Briscoe avec sa fille dans les saisons 6 à 8, par exemple) ni l’entorse à la règle canonique, dont le meilleur exemple est le dernier épisode de la saison 6 (S6E23). Pause dans l’hégémonie de l’investigation, « Peine capitale (Aftershock) » met en scène les doutes personnels de Claire Kincaid, la rencontre de Briscoe avec sa fille et son vague à l’âme, les confidences de McCoy, dans un pur drama couronné par un climax en forme de cliffhanger.

La Loi / Les flics

Inspecteur Joe Fontana : originaire de Chicago, Joe Fontana aurait pu être un gangster. Il en a un peu le look, sapé avec une élégance ostentatoire des pieds à la tête, et tordre la loi pour parvenir à ses fins ne le dérange pas outre mesure. Elevé dans Little Italy, il a grandi dans un milieu populaire et suivi les cours d’une école catholique. Devenu policier, il travaille notamment sous couverture et finit par quitter sa brigade et la ville de Chicago à cause d’un différend avec un supérieur. Il se fait alors muter dans le Bronx et finit par succéder à Lennie Briscoe quand celui-ci prend sa retraite. Ne se préoccupant pas de se faire aimer, Fontana inquiète quelque peu ses partenaires par son abord brutal, voire grossier, et les mensonges dont il parsème ses interrogatoires. Notons que s’il existe plusieurs Joe Fontana (un député canadien, un acteur…), celui-ci doit son patronyme à Tom Fontana, créateur-producteur des séries Oz et Homicide.

Dennis Farina : né en 1944 à Chicago, Dennis Farina a grandi comme Joe Fontana dans Little Italy au sein d’une famille de sept enfants. Après s’être engagé dans l’armée, il intègre la police de Chicago et travaille durant près de vingt ans à la brigade des cambriolages. Le réalisateur Michael Mann le repère et lui offre un rôle dès 1981 dans le film Le Solitaire, un autre dans la série Miami Vice en 1984 (il est le gangster Lombard) et un troisième dans Le Sixième sens en 1986 (il incarne l’agent du FBI Jack Crawford avant que Scott Glenn ne reprenne le rôle dans Le Silence des agneaux). En quittant la police, il poursuit sa carrière à l’écran dans des rôles de mafieux (Midnight Run, Get Shorty, Bella Mafia, Snatch…) ou de policiers (Crime Story [Les Incorruptibles de Chicago] toujours pour Michael Mann, Buddy Faro…). Il est décédé en 2013.

Inspecteur Nick Falco : remplaçant provisoire de l’inspecteur Ed Green pour quatre épisodes, Nick Falco n’a pas le temps de nous donner beaucoup d’informations sur lui-même. On sait qu’il a eu deux enfants, un garçon et une fille, de son ex-femme Karen. Il réapparaît dans un épisode de la saison suivante, soupçonné de meurtre et finalement innocenté par l’enquête.

Michael Imperioli : d’ascendance italo-américaine comme Dennis Farina, Imperioli est né, lui, dans l’État de New York en 1966 (à Mount Vernon), également dans un milieu populaire. Végétarien et bouddhiste, il est remarqué pour un rôle dans Les Affranchis de Martin Scorsese et se retrouve engagé dans la série Les Soprano où il tient le rôle de Christopher Moltisanti jusqu’en 2007 (Falco, son patronyme dans Police Judiciaire, est aussi celui de l’une de ses partenaires dans Les Soprano, Edie Falco). Egalement scénariste et producteur, musicien à ses heures, Imperioli tient l’affiche de nombreux films et séries.

L’Ordre / Les procureurs

Nora Lewin, District Attorney par intérim : nommée par le maire Rudy Giuliani (qui la présente personnellement à Jack McCoy et qui a jugé de son efficacité dans plusieurs affaires concernant le crime organisé) en remplacement d’Adam Schiff, Nora Lewin occupe le siège de District Attorney (procureure en chef) durant deux années au cours desquelles elle se familiarise avec ce poste. Suffisamment pour choisir de ne pas le briguer au terme de sa période de remplacement, laissant la place à Arthur Branch. Présence féminine appréciée auprès de McCoy et de son assistante, Nora Lewin est une personne posée qui prend le temps d’observer et de peser avant de trancher. Observatrice, elle assiste personnellement à certaines plaidoiries. Réfléchie, elle consulte et discute. Courageuse, elle tranche en connaissance de cause et ne s’effraie pas alors d’être contestée ou remise en cause, même par ses supérieurs. Professeure d’éthique de la loi, elle en maîtrise les finesses et ne renonce jamais à son humanité.

Dianne Wiest : née en 1948 dans le Missouri, initiée au théâtre au lycée, elle débute à Broadway en 1971 puis au cinéma en 1980. Elle tourne plusieurs fois avec Woody Allen (La Rose pourpre du Caire, Radio Days, Hannah et ses sœurs, Coups de feu sur Broadway…) et remporte un Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Partenaire de Johnny Depp, Robert Redford, Sean Penn ou Clint Eastwood au cinéma, elle travaille aussi pour la télévision dès 1975 et surtout à partir de 2000. On la voit dans les séries En analyse (elle y gagne un Emmy Award en 2008), Blacklist, Mayor of Kingstown.

Arthur Branch, District Attorney : élu au poste en 2001, il y reste jusqu’en 2007 (cédant alors la place à son principal substitut, Jack McCoy). Le conservatisme de Branch tranche avec le progressisme avoué de Nora Lewin, au point de s’imposer avec une certaine brutalité au goût de l’assistante de McCoy, Serena Southerlyn, qu’il finira par renvoyer. Branch a roulé sa bosse et ne s’embarrasse ni de précautions ni de nuances lorsqu’il s’agit de donner son avis, de trancher dans une affaire et d’imposer ses directives. Si son cynisme convient bien à McCoy, les convictions de ce dernier se heurtent néanmoins parfois à l’intransigeance du premier.

Fred Dalton Thompson : né en Alabama en 1942, élevé dans le Tennessee, diplômé en philosophie, en science politique et en droit, avocat puis adjoint de l’U.S. Attorney, conseiller juridique des républicains, il siège à la commission d’enquête du Sénat sur le scandale du Watergate en 1973, il est élu sénateur du Tennessee en 1994. C’est donc un politique chevronné qui fait ses débuts au cinéma en 1985 dans Marie, adaptation d’une affaire retentissante, où il joue son propre rôle. Il mène de front deux carrières, politique et cinématographique. Au cinéma, Sens unique, Les maîtres de l’ombre, A la poursuite d’Octobre rouge, 58 minutes pour vivre, Les nerfs à vif, Dans la ligne de mire, où il côtoie Gene Hackman, Kevin Costner, Paul Newman, Sean Connery ou Clint Eastwood. A la télévision, la franchise Law & Order (il joue le rôle de Branch dans Unité spéciale, Section criminelle, Conviction et surtout Cour de justice, en plus de Police Judiciaire), Un flic dans la mafia (le dangereux Knox Pooley en 1988), Matlock, The Good Wife, Allegiance et quelques téléfilms dont Enterre mon coeur à Wounded Knee (2007) où il incarne le Président Ulysses S. Grant.

Serena Southerlyn, assistante du D.A. : on sait peu de choses de sa vie personnelle et pourtant elle est l’une des assistantes restées le plus longtemps au bureau du D.A., avec 85 épisodes. Dotée d’un caractère qui ne craint pas de s’affirmer, elle entre souvent en conflit avec McCoy quant à la façon de traiter les affaires. Sa sensibilité la rapproche de Nora Lewin, D.A. par intérim, et la transition est d’autant plus difficile lorsque le très conservateur Arthur Branch prend la direction du service. Son cynisme et la brutalité de ses prises de position heurtent Serena. Branch finit d’ailleurs par la renvoyer, estimant que son empathie pour les accusés la rend plus proche de la défense que de l’accusation. Sa dernière réplique dans la série est une révélation non préparée et que l’on n’avait pas vue venir...

Elisabeth Röhm : née à Düsseldorf en Allemagne en 1973, Elisabeth Röhm arrive à Manhattan dans les années 1980 et débute à la télévision en 1997 dans le soap opera On ne vit qu’une fois et en faisant de la figuration dans le film Harry dans tous ses états de Woody Allen. Deux ans plus tard, elle est déjà remarquée en incarnant l’inspecteur Kate Lochley dans Angel, qui lui vaut d’être engagée dans Police Judiciaire. Elle continue d’apparaître sur grand et petit écrans, notamment en 2019 dans le film Scandale qui met à l’affiche Nicole Kidman, Charlize Theron et Margot Robbie.

Alexandra Borgia, assistante du D.A. : « coincée » entre Serena Southerlyn (85 épisodes) et Connie Rubirosa (85 également, plus 8 dans Los Angeles Police Judiciaire), Alexandra Borgia pourrait être oubliée mais elle affirme d’entrée de jeu un caractère bien trempé et une capacité à pousser les suspects aux aveux qui en imposent (en plus de son nom bien italien) à l’inspevcteur Joe Fontana. On connaît peu de choses de sa vie privée et elle disparfapit de la série dans des conditions dramatiques au terme de la saison 16.

Annie Parisse : née en 1975 à Anchorage en Alaska, Annie Parisse a par ses parents des origines italiennes, polonaises, slovaques, libanaises et syriennes. Vue dans le soap opera As the World Turns entre 1998 et 2002, elle participe à plusieurs séries (Big Apple, New York 911, New York Police Judiciaire [S12E22], Friends) avant d’être engagée pour le rôle d’Alexandra Borgia en 2005-2006. Son visage orne ensuite plusieurs autres séries (Fringe, Person of Interest, Following, House of Cards, Vinyl, Daredevil Born Again…) et elle apparaît, au cinéma, dans Benjamin Gates et le trésor des Templiers (2004), Panique à Hollywood (2008), The Amazing Spider-Man (2012) ou Ainsi va la vie (2014).

Du labo à la barre des témoins

Elizabeth Rodgers, médecin légiste (Medical Examiner) : avec 143 épisodes de Police judiciaire (dès la saison 2 et jusqu’à la saison 20), 110 de Section criminelle, 9 d’Unité spéciale et un de New York Cour de justice, Liz Rodgers est sans conteste l’un des visages les plus vus de la franchise. Son temps se partage entre la morgue, où elle présente régulièrement les conclusions de ses autopsies aux différents inspecteurs qui se succèdent dans la franchise, et le tribunal où elle soutient l’accusation avec compétence et opiniâtreté lorsque ses compétences sont mises en cause. Dotée d’un humour « à froid » (on la comprend), qui s’harmonise particulièrement avec celui de Lennie Briscoe, elle est un auxiliaire discret mais essentiel des enquêtes. Amatrice de musique classique, d’opéra et de littérature policière, on la voit souvent manger à côté des cadavres.

Leslie Hendrix : née en Californie en 1960, elle débute en 1990 dans des soap operas et en 1992 sur la scène de Broadway (dans Un tramway nommé Désir, en qualité de… doublure de Jessica Lange, qu’elle dut remplacer au pied levé lors d’une représentation). C’est aussi l’année où elle endosse le rôle du Dr Rodgers dans Police judiciaire, et pour longtemps (près de vingt ans). « J’ai auditionné pour un rôle d’avocate », a-t-elle déclaré dans les pages de TV Guide. « Je ne savais même pas ce que c’était qu’un médecin légiste quand j’ai commencé. Je ne me doutais pas que cela durerait aussi longtemps. » Quelques apparitions discrètes au cinéma, dans des court-métrages et une poignée de séries, de New York 911 et The Good Wife à Blacklist, Gotham et Power Book II.